Culte d’adieux du 25 août 2019 à la Cathédrale autour de Jean 6, 1 à 14: Jésus nourrit 5000 hommes

 

Monsieur Joly, l’agriculture suisse manque de bras !

Cette déclaration d’un chef d’établissement à un jeune homme qui, à l’époque n’avait ni motivation, ni envie de travailler, peut en rejoindre d’autres aujourd’hui comme

la santé manque de soignants,

l’éducation manque de profs,

la culture manque de sous,

l’Eglise manque de souffle,

et elle manque de pasteurs aussi,

et certains qui manquent de temps, parce que, croient-ils, ils sont à la retraite.

Vous manque-t-il quelque chose dans votre vie ?

 

Je ne sais pas,

un peu d’espace,

une énergie renouvelée,

des défis qui vous aident à vous lever le matin,

ou bien un peu de repos, de distance, de renouvellement de soi ?

 

Ou alors, vous avez tout ce qu’il vous faut ?

 

Mais on n’a jamais tout.

Et quand on croit qu’on n’a plus de soucis, c’est là qu’ils se pointent et nous rappellent…

…nous rappellent quoi au fait ?

Qu’il nous faut vivre avec ce manque qui varie au fil du temps, mais qui est comme constitutif de notre existence.

Parce que depuis le début c’est comme ça,

on manque d’abord d’expérience,

puis on manque de temps,

enfin on manque de mobilité.

Il faudrait qu’à chaque étape on ait la fougue de la jeunesse, l’expérience de l’âge adulte et la sagesse des retraités.

 

La situation est assez contrastée: Jésus guérit, il enseigne et il a pas mal de succès. Il y a du répondant. C’est ce que les pasteurs raffolent: le répondant.

Alors quand il s’agit de problèmes concrets: donner à manger à une foule qui ne s’était pas très bien organisée au demeurant, la question que pose Jésus – où allons-nous acheter de quoi leur donner à manger ? – va ouvrir sur un champ de remarques, de questions et peut-être de hochements d’épaules accompagnés d’un petit bruit…

Chez nous, quand la réponse n’est pas mûre, on passe d’abord par les commissions ou les groupes de travail.

 

Et là encore, certains manquent de solutions.

Parce que lorsque quelqu’un met en lumière le manque, c’est comme s’il nous faut jongler avec des patates chaudes.

Un des disciples, André, le frère de Simon, n’a pas de solution, mais il a au moins le mérite de l’état des lieux: « Nous manquons de beaucoup de choses, mais nous avons au moins 5 pains et 2 poissons. »

C’est largement moins que le minimum.

Mais ça va être difficile.

 

Nous sommes tous à des degrés divers des faiseurs de solutions, mais quand ça veut pas, ça veut pas.

Vous avez connu ça, n’est-ce pas ?

 

Il ne s’agit pas pour le Christ de mettre André et les autres devant l’insoluble de ce problème: comment nourrir 5000 personnes avec trois fois rien,

Jésus ne fonctionne pas de cette façon,

mais, en posant la question: comment allons-nous sortir de ce problème ? – il va faire de cette réalité-là un point de départ, pour un expérience d’abondance.

 

Non pas réservé à quelques-uns,

à l’élite des proches, des initiés,

à ceux qui seraient agréés par d’autres,

mais à tous.

Jésus refuse l’entre-soi, le confort du semblable et du même, parce qu’il récuse les frontières qui mettent à mal les relations humaines.

Nous avons très souvent lu cette histoire de multiplication des pains et des poissons comme le résultat d’un manque qu’il fallait absolument combler.

Et si cette histoire était d’abord celle d’une ouverture  à tous, où ce qui paraissait d’abord au départ comme une affaire d’initiés qui devaient régler une simple question économique, s’avère être une immense ouverture sur le monde, et sur les autres.

 

Le miracle !

Le miracle de l’Evangile, c’est, de son coeur, en faire une proposition de vie ouverte à tous.

Aujourd’hui les défis communautaires ne se pensent plus à l’interne, dans les bureaux des techniciens, aux Cèdres au Château ou ailleurs, mais bien dans un ensemble infiniment plus vaste. La mobilité, l’éducation, la santé, et l’équipement se discutent avec nos voisins.

L’Evangile est plus grand que l’Eglise, et dans cette extension au plus grand nombre sans exclusion, le Christ va contester cette apparente évidence:

plus on partage, moins on a,

par ce projet:

plus on partage, plus on vit dans l’abondance.

 

C’est de cela dont j’ai envie de rendre compte aujourd’hui.

J’en ai rencontré qui ont gnioussé et qui ont fait de leur engagement des grisailles monotones.

Mais il y en a qui portent l’Evangile comme un soleil, à l’intérieur, et souvent plus loin que l’Eglise. De ces personnes solaires qui illuminent le monde et qui offrent de quoi se nourrir l’esprit, le coeur, l’âme.

 

Nourrir.

Est-ce bien à cela que nous sommes attelés ?

 

Je ne vous parle ni du catéchisme, ni de la validité de nos institutions, mais bien de permettre à d’autres de se mettre en relation avec le Christ,

c’est-à-dire de combler sa vie de l’essentiel,

d’être rassasiés de présence et de sens,

de recevoir plus que nécessaire,

au point d’avoir des restes.

 

Et les restes vont encore en nourrir d’autres, parce que c’est bien connu: un bon pasteur, c’est comme une bonne cuisinière, il doit pratiquer l’art d’accomoder les restes.

 

Mais au fond, dans quelle intention le Christ a-t-il invité cette foule à une expérience d’abondance ?

La réponse se retrouve quelques lignes plus loin: « … pour que vous croyiez en Celui que Dieu a envoyé ? »

 

Le pain est essentiel aux jours, et ceux qui en manquent en connaissent le prix.

Mais nous sommes là pour redire au monde que notre satiété ne naît ni de nos ambitions, ni de nos projets, ni de nos postures, ni de nos biens, mais d’une relation avec Celui qui comble nos faims.

 

Faim de sens, de signification comme de direction, faim d’engagements, faim de reconnaissance pour tout ce qui a été offert comme pour tout ce qui adviendra.

 

Nous avons fait un bout de chemin. Le plus intéressant reste à venir.

Comme pour l’Evangile.

 

Amen.