Prédication : Si vous ne changez pas votre manière de voir… Luc 13, 1-9

Prédication 24 mars 2019 – Cathédrale de Lausanne – Pasteur Rochat

 

Pas gai, pas enthousiasment le texte de ce matin ! C’est le moins que l’on puisse dire !

Drames, morts, punition, responsabilité…

On se croirait devant la petite lucarne du 19h30 avec le défilé des malheurs du monde devant nos yeux… Ce n’est pas digne de ce splendide premier dimanche de printemps, de cette fête d’accueil d’un enfant parmi nous..

Pourquoi donc les théologiens qui ont réalisé les listes de lectures ont-ils choisi ces textes-là ? Sans doute à cause de la présence à deux reprises de ces paroles de Jésus : Convertissez-vous ! Nous sommes en effet en plein Carême. Temps d’intériorité, de ménage intérieur de repentance, de purification, de préparation à Pâques, temps donné pour prendre conscience de la distance qui sépare notre réalité de la réalité que Dieu nous propose de vivre.

 

On va donc parler de choses sérieuses, du problème du mal, de la responsabilité. Notre société nous en donne-t-elle l’occasion ? Pas souvent… Alors l’occasion est bonne

Entrons dans notre texte, voulez-vous ?

 

LE TEXTE

1A ce moment survinrent des gens qui lui rapportèrent l’affaire des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs sacrifices. 

Remarquons tout d’abord la disponibilité de Jésus. Des gens, (on ne sait pas qui ?) ce peut être nous ? Surviennent, surgissent (on ne sait pas d’où) et apostrophent Jésus avec des questions d’actualité… et Jésus qui écoute. C’est bon de savoir que le Christ est toujours là pour nos questions, disponible.

Pour ce qui est du fait divers rapporté, l’histoire de l’Antiquité nous enseigne que vers les fêtes de Pâques, il y avait toujours des tensions avec les nationalistes et que Pilate n’était pas un tendre.

Mais derrière la question des gens, il y avait une croyance des malheurs qui surviendraient parce que nous en serions secrètement responsables… (c’est un peu l’idée des vies antérieures ?)

D’où la réponse de Jésus : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens pour avoir subi un tel sort ? 

Jésus coupe court :

3Non, je vous le dis,

Non. Ce non est cardinal dans le message de l’Evangile. Jésus refuse toute métaphysique, toute origine des causes (étiologie), il déconnecte du passé (il refuse à chercher des explications dans le passé qui est toujours interprétatif, voir l’histoire de l’aveugle né !), il prend acte du problème et propose une action intérieure. pour nous inviter à regarder devant. Là où l’on peut faire quelque chose…

 

mais si vous ne vous convertissez pas,

Si vous ne changez pas votre manière de penser, de voir, d’appréhender les choses, c’est cela le sens de se convertir : métanoia : changer de « nous » (prononcer nousse), le mot « nous » exprimant la pensée (noétique, noèse…). Il y a beaucoup de choses qui commencent dans la tête…

 

vous périrez

Il ne faut pas le prendre de manière trop littérale, car c’est une vérité que nous mourrons tous un jour… Périr signifie ici : démolir, abolir, mettre en ruine, vouer à la misère… C’est une réalité spirituelle de destruction intérieure et aussi extérieure…

 

tous de même.

et cela de manière collective : tous également, unis dans le malheur

 

Pour résumer, on voit Jésus aborder ici un des problèmes fondamentaux de l’action contre le mal :

  1. Refuser de ses perdre dans des causes qu’on ne peut plus changer
  2. Voir devant, voir le futur : dorénavant… (pas dorénarrière !)
  3. il s’agit d’agir chacun pour lui-même, mais tous ensemble. Autrement dit de se situer personnellement comme responsables de tous.

Si vous ne changez pas votre manière de vivre , vous périrez tous également. Le changement commence dans la tête : le « nous » et il continue dans le corps (épi/strepho) se retourner, revenir (chuv en hébreu).

Tout cela bien sûr en fonction de ce que Jésus appelle le royaume de Dieu ou des cieux, c’est-à-dire l’idéal proposé et donné aux humains…

 

ACTUALISATION

Il y a une formidable actualité dans ces paroles de Jésus.

Notre monde, on le sait vit une période extrêmement inquiétante : globalement réchauffement et perte de biodiversité.

Il y a déjà des victimes de cet état de fait. Elles sont encore peu visibles, et pas toujours identifiées en tant que telles. Mais celles qui le sont, sont-elles plus responsables que les autres ? Avec Jésus, nous ne pouvons que répondre non, bien sûr. Les 3000 victimes du World Trade Center de New York, il y a 18 ans n’étaient pas plus responsables que tous les autres travailleurs de la ville… Les victimes de l’ouragan au Mozambique plus responsables ? Bien sûr que non…

 

Chers amis, c’est à nous, ici, aujourd’hui, que Jésus adresse cette parole : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière ».

Et se convertir, c’est, rappelons-nous d’abord changer de manière de penser. Bien que cela commence à changer, nous sommes encore trop nombreux à être peut-être moins  climato-septiques. Il y a une évidence que l’on peut commencer à capter avec nos sens… Mais des « climato-je m’en fichiste » (mangeons et buvons car demain nous mourrons ! et des « climato-attentistes » (attendons, on verra bien ?)

Ce changement de « nous » est indispensable. C’est quand on pense autrement que notre comportement évolue.

Et si on suit ce que nous avons dit plus haut le changement de « nous » conduit au changement de comportement (epi/strepho), changement de vie. Et comme nous ne savons pas qui est nommément responsable et que nous ne pouvons pas le savoir, c’est à nous tous, tous, individuellement (et donc collectivement) et à nous convertir et convertir nos comportements…

Et ceci prend sa source en Dieu, dans la grâce, en spiritualité, bien sûr 

 

Très bien cela, monsieur le Pasteur, mais vous rêvez… !!!

Oui, sans doute !

Si en religion on ne rêve pas, qui va rêver ?

 

SUITE DU TEXTE

St Luc avait-il peut-être conscience du caractère abrupt des propos retranscrits… Il les fit suivre de sa version de la parabole du figuier stérile. Elle nous apporte du concret.

 

« Un homme avait un figuier planté dans sa vigne.

Dans l’univers culturel hébreu le figuier représente l’étude, donc intelligence, la pensée, et de fait : la sagesse, éléments fortement souhaitables et nécessaire à l’épanouissement de la vie, à l’accomplissement de la vocation humaine

 

 Il vint y chercher du fruit et n’en trouva pas. 

Quand on voit notre attitude face à la nature, à la création, et ce que symbolise ici le figuier, on pourrait être découragés… Pour ce qui est d’étudier, on étudie, pour ce qui est d’être intelligent, pas de problème… mais quant à être sage c’est une autre question. Les scientifiques du GIEC sont alarmistes. Chiffres en mains, ils montrent que l’on va dans le mur… mais le monde continue comme si de rien n’était… Il ne trouve pas de fruit !?!

 

7Il dit alors au vigneron : “Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier et je n’en trouve pas. Coupe-le. Pourquoi faut-il encore qu’il épuise la terre ?” 

 

8Mais l’autre lui répond : “Maître, laisse-le encore cette année,

Laisse-le encore cette année. Qu’est-ce que cette phrase sinon une prière, une prière d’intercession. Une prière pour la terre et pour la création… Laisse le temps… nous avons du temps. Même si le temps presse, nous avons toujours du temps… (nous ne pouvons pas savoir combien de temps nous avons)…

Et pendant ce temps, nous pouvons agir : (tant qu’il fait jour) (et là il faut prendre les choses à la fois concrètement et métaphoriquement)

 

le temps que je bêche tout autour

Bêcher, c’est faciliter l’irrigation, on déplace la terre pour faire une cuvette autour du tronc, et on gratte la terre pour faciliter la pénétration de l’eau . Tout autour, avec soin…

 

et que je mette du fumier. 

Mettre du fumier, pour nourrir la plante… Le fumier c’est un déchet valorisé. On en a des déchets à valoriser !

 

9Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas.” »

Peut-être. Ce petit mot qui permet parfois à l’impossible d’advenir ?

Peut-être que nous y arriverons ?

Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. »

Guillaume Ier d’Orange-Nassau

 

Ce « peut être » vaut la peine qu’on s’y mette ?

                                                                                                          AMEN