Prédication du 11 août 2019 autour de Luc 12, 32 à 48: le serviteur qui veille…

Vous l’avez peut-être remarqué par les groupes de jeunes qui se promènent de par Lausanne ces jours-ci, il y a une certaine animation provoquée par cette conférence des jeunes sur le climat Smile for future et par la présence de Greta Thunberg, cette adolescente suédoise à la protestation claire et simple: il faut que nous nous bougions pour que notre terre ne ressemble pas à un four d’ici 30 ans.

Notre humanité cherche des réponses – et parfois les trouvent – face aux immenses défis auxquels elle doit faire face.

Ce fut les épidémies, les conflits armés interminables, la sécurité,

la liste serait longue.

Aujourd’hui une question des plus urgentes, c’est le climat.

Les incroyants, les laïcs, les déçus retirés de la foi pensent que les croyants ne peuvent plus apporter de réponses convaincantes aux questions du monde. La science seule est capable de combattre les épidémies et nourrir les affamés.

D’ailleurs, Greta Thunberg ne dit pas autre chose. Les hommes, respectivement les scientifiques sont les seuls capables d’apporter des réponses cohérentes.

Ces idées selon lesquelles les hommes seraient seuls confrontés à leur destin ne viennent pas des incroyants. Dès le Moyen-Âge, les théologiens juifs de la kabbale pensent que Dieu, depuis la création, se serait retiré du monde pour laisser aux hommes le soin de le gérer.

Et à regarder de plus près, il semblerait que Jésus aussi approuve cette idée. Il raconte une fois encore une histoire. Il imagine le maître d’un domaine derrière lequel on pourrait voir se profiler le visage de Dieu, qui partirait en voyage, laissant ses serviteurs maîtres des lieux et responsables de la bonne marche de ses affaires. Ces serviteurs ont la liberté de faire ce qu’ils veulent, ils ont cependant reçu des consignes pour gérer correctement le domaine afin que les choses se passent bien en l’absence du maître.

La maison devra être éclairée pour qu’aucun coin ne soit laissé dans l’ombre, chacun devra être en vêtement de travail, capable de mettre les mains dans le cambouis. Libre à chacun de faire ce qui lui plaît.

Chacun peut suivre les consignes et faire ce à quoi le maître s’attend. Chacun peut aussi s’approprier les clés du domaine et piller à son profit les réserves.

Le maître rentre, et Jésus va instiller une référence à la Loi: les mauvais seront punis et les bons récompensés. Mais prenons un peu de hauteur, et remettons en perspective un peu  cette historie.

N’aie pas peur, petit troupeau !

N’ayez pas peur de gérer le monde. Jésus nous garantit que nous sommes capables de mener à bien la gestion de ce monde qui nous est confié. 

Mais si Dieu a pris un peu de distance, il ne nous a pas laissés sans possibilité d’agir.

Il nous rappelle aussi cette réalité que nous avons tant de peine à intégrer dans nos engagements: nous sommes un petit troupeau.

Le témoignage des croyants depuis 2000 ans aurait dû transformer en profondeur nos sociétés, mais l’homme est toujours victime de l’homme, au prix d’une course effrénée au profit personnel, du mépris et des inégalités.

C’est la grande question que nous nous posons tous: est-ce que notre témoignage aura pu être utile ?

L’utilité ?

Parce qu’au fond de nous, le témoignage doit pouvoir faire montre d’un retours sur investissement. Combien de fois ai-je entendu cette expression terrible : plus ça change, plus c’est la même chose ?

Comme des mauvaises habitudes dont nous ne pouvons pas nous défaire.

C’est terrible de comprendre notre relation à Dieu comme une habitude qui n’a pas d’effet. Croire devrait pouvoir se voir.

Se sentir.

S’apprécier.

Se partager comme un bon repas.

Et si nous nous sommes mépris sur notre condition de croyant.

La foi est au croyant ce que le service est au serviteur: une tenue, un maintien, une posture qui nous tient, et nous retient de loucher sur ce que font les autres.

Les déséquilibres proviennent d’abord de ce que nous sommes pas toujours au clair sur ce que nous sommes appelés à faire. Cette liberté d’être au monde n’a de sens que si elle est le fruit d’un discernement. 

Les questions que posent les jeunes de la conférence autour du climat ne sont pas d’abord des questions de moyens, de décisions, de courage politique,

quand bien même,

ce sont d’abord des interpellations sur qui nous sommes.

Et ces interpellations sont portées par cette adolescente, un peu comme une messagère du Christ – ou pas, ce n’est pas la question.

Mais bien avant elle, le Christ avait déjà posé ces questions-là.

Êtes-vous pleinement à votre place dans vos choix, vos engagements, vos convictions ?

Est-ce que ce que vous faites est en accord avec ce que vous croyez, et en qui vous croyez ?

Nous n’avons pas vocation à nous épuiser et nous tuer à une tâche que nous  ne pourrons pas assumer seuls. Nous avons à réaliser que nous sommes de simples agents d’un esprit et d’actes d’un changement d’attitude possible.

Et de nous y tenir.

Ce n’est que dans la vigilance que nous pourrons faire ce que nous devons faire.

Là où nous sommes.

Dans la science,

dans les projets politiques,

par la création artistique,

dans les relations humaines,

dans le lent dialogue avec soi-même, nourri par des maîtres libérateurs,

dans la conscience que nous ne pouvons pas tout, mais qu’au moins nous fassions ce qui nous paraît possible .

Les chrétiens savent que leur instrument principal dans ce lent travail de discernement et de vigilance, c’est la prière.

Non pas comme un service de supermarché, où il faudrait simplement se servir de ce dont nous avons besoin, mais dans la recherche de la volonté de Dieu pour nous.

Le monde ne changera que si notre visage porte ce pour quoi nous avons été appelés.

La confiance qu’avec le Christ, nous pouvons vivre en accord avec nous-mêmes et avec ce monde qu’il nous confie.

Amen