Message deux voix pour la célébration Chailly en Fête, 2 septembre 2018, 10h

Abbé Nicolas Maillat et Pasteur Virgile Rochat

 

Nicolas m’arrose avec le brumisateur…

  1. Mais qu’est-ce que tu fais ?
  2. Je te rafraîchis, tu vois pas ? tu sens pas ?
    VR. Si si, ça me rafraîchit, c’est pas désagréable, c’est frais…

Bon aujourd’hui, c’est pas nécessaire…  mais tout cet été qu’est-ce que cela aurai été bienvenu !

Une canicule, terrible, comme celle de 2003, tu te souviens ? à Ouchy, on se croyait au bord de la mer en Sicile…

  1. Oui, d’ailleurs pas rassurant cette montée des températures, cette fonte des glaciers… tu y crois toi, au réchauffement climatique…
  2. Oh, moi, je suis comme beaucoup de monde, je ne crois que ce que je vois…

Tu me rafraîchis encore ?

  1. Volontiers et toi tu me rafraîchis ?

Avec joie…

Et vous ?
on descend avec nos brumisateurs et on arrose tout le monde

 

  1. Bon… fini de jouer maintenant ! On est dans une célébration oecuménique, pas dans un fitness… Tout à l’heure le lecteur nous a lu le fameux texte du Bon samaritain… Très honnêtement, je ne vois pas le rapport avec le brumisateur, le toucher et le climat ???

 

  1. C’est vrai, habituellement, en religion, en église, on met en oeuvre principalement les sens de l’ouïe et celui de la vue. L’ouïe, plus développée chez les protestants (la foi vient de ce qu’on entend dit Romains 10, 17). La vue plus développée chez les catholiques : la beauté des liturgies et des lieux de culte. Ou encore l’odorat avec l’encens (comme l’an passé ici même) ou le goût, lors des apéros et agapes…

 

Mais le sens du toucher, c’est vrai, est beaucoup plus délicat. Il est personnel, il est impliquant, est réservé à l’intimité ou aux soins, qu’ils soient médicaux ou esthétiques…  

 

  1. Eh oui, et pourtant c’est bien le sens du toucher qui est notre thème. En quoi la parabole du bon samaritain concerne-t-elle le toucher et le climat ?

 

Tu vas voir, c’est assez troublant, mais le toucher est très présent dans ce texte :

D’abord un toucher violent :

 

 « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, il tomba sur des bandits qui, l’ayant dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort. 

 

Dépouiller, rouer de coups, en voilà un toucher violent et destructeur… Un mal commis, un mal perpétré, horrible. Ca peut nous arriver à nous d’être victime, on peut le subir de nous même quand on a un accident, et on peut aussi le faire subir involontairement… c’est le problème du mal. Personne n’y échappe… C’est en quelque sorte la situation initiale…

 

  1. Que se passe-t-il après ?

31Il se trouva qu’un prêtre descendait par ce chemin ; il vit l’homme et passa à bonne distance. 

Ca nous concerne ça, nous deux ? Nicolas ?

Qu’est-ce qui fait que l’ecclésiastique passe tout droit ?

  1. Je sais pas moi, peut-être parce qu’il est pressé d’aller célébrer un office ?
  2. Y a peut-être de ça… autre chose ?
  3. Oui, les prêtres étaient soumis à des exigences de pureté, pour officier licitement, ils ne devaient pas toucher des corps impurs… ou des cadavres…

Autre chose ?

  1. Je sais pas moi

Le texte dit quoi ?

  1. Il dit rien, justement…

VR Si si, il dit quelque chose !

 il vit l’homme et passa à bonne distance. 

Le texte dit : il vit, il met en oeuvre la vue, et souvent la vue ne nous informe pas… elle ne nous touche pas… (on voit des tas de choses à la télé… on n’en est pas touchés…) Voir nous permet aussi d’éviter à distance une chose ou ou ne personne qu’on voudrait pas voir…

 

Il se passe d’ailleurs la même chose pour le Lévite…

32Un lévite de même arriva en ce lieu ; il vit l’homme et passa à bonne distance. 

 

  1. c’est quoi un Lévite ? Un type qui lévite à 30 cm du sol comme les moines bouddhistes dans Tintin au Tibet ? Ou mieux encore : quelqu’un qui l ’ évite (« L » apostrophe-à évite , justement qui évite la pauvre victime ?

VR : C’est bien tu as de l’humour ! Non, ni l’un ni l’autre -à c’est aussi un genre d’ecclésiastique, on dirait aujourd’hui un conseiller de paroisse ou de communauté…

Il a le même comportement. Il voit seulement… il n’est pas touché !

 

Ce qui n’est pas le cas du Samaritain… 

 

(NM A propos y’a des Samaritains ce matin ici à Chailly ?)

  1. C’’est vrai, c’est de là qu’ils tirent leur nom…

 

33Mais un Samaritain qui était en voyage arriva près de l’homme : il le vit et fut pris de pitié. 

Le Samaritain le voit et fut pris de pitié

Pris de pitié, en grec : pris aux entrailles… touché quoi (c’est là l’intérêt de ce mot,  on est touché, c’est intérieur…  Le mot grec veut dire pris aux entrailles, et le mot hébreu ou

 

araméen que Jésus a prononcé fait appel lui aux entrailles féminines, à l’utérus, au lieu où se constitue la vie en gestation… C’est fort… cela les mamans peuvent le comprendre du dedans si on peut dire…

 

NM Que fait-il ton bon samaritain

34Il s’approcha,

On peut pas être touchés à distance… il faut s’approcher…

 

IL banda ses plaies

Là on touche et les soignants, les infirmiers, les physios, les qui sont ici savent ce dont il s’agit …

 

en y versant de l’huile et du vin,

L’huile et le vin sont les médicaments de l’époque, ils sont appliqués avec les mains.

Mais ce sont eux même des  substances qui ont été faite par le toucher. Les olives sont cueillies puis broyées, pressées, idem pour le vin, cueilli, broyé, cuvé, pressé…

Il faut faire pénétrer les substances…

 

Il le chargea sur sa propre monture,

Avec vous essayé de porter un blessé ? c’est lourd, y’a du contact !

Et le mettre dans votre voiture ?

 

le conduisit à une auberge et prit soin de lui. 

Prendre soin, mener à l’hôpital… prendre soin, penser à l’avenir…

 

35Le lendemain, tirant deux pièces d’argent, il les donna à l’aubergiste et lui dit : “Prends soin de lui, et si tu dépenses quelque chose de plus, c’est moi qui te le rembourserai quand je repasserai.” 

Faire tout ce qu’on peut et veiller à ce que les choses continuent, ne s’interrompent pas… pas de feu de paille caritatif

 

  1. Bien – bien, tout ça… d’ailleurs on le savait déjà… mais je dois t’avouer que je ne vois absolument pas le rapport avec le climat, l’écologie ou le sauvegarde de la création ?

Pas du tout ?

 

  1. Vraiment ? tu fais l’âne pour avoir du foin ?
  2. Non non, tout l’inverse : c’est quoi le message ?

Rappelle-toi, tout à l’heure, le brumisateur, la fraîcheur, cet été, la canicule, cette température qui augmente, ces glaciers qui reculent… ces orages tropicaux à Lausanne… la terre, notre terre, notre pauvre terre est victime d’une violence terrible.

(ici j’ai besoin d’un peu de fraîcheur tu m’arroses ?)

Notre présence humaine sur terre est une agression physique. C’est encore assez peu visible pour nous, mais à beaucoup d’endroits de la planète, la terre git déjà dans le fossé, écrasée, touchée par notre propre action…

 

 Beaucoup d’entre nous passons côté sans le voir. D’autre le voient mais prennent leurs distances où se voilent les yeux…

 

Le Samaritain s’arrête, il est touché et il touche…

 

Le samaritain est dans le vrai c’est un modèle pour nous  

Il se laisse émouvoir, il s’implique, il paie de sa personne, il change son itinéraire, il pense é long terme, s’en donne et en donne les moyens.  Et change, adapte son mode de vie…

 

Pas besoin d’en dire plus… le message est assez clair ???

 

Jésus finit par une question :

36Lequel des trois, à ton avis, s’est montré le prochain de l’homme qui était tombé sur les bandits ? » 

 

37Le légiste répondit : « C’est celui qui a fait preuve de bonté envers lui. »

 

Jésus lui dit et nous dit :

 

(ensemble) :

 « Va et, toi aussi, fais de même. »