Deutéronome 5.12-17 et Jean 15.12-17

R500 thème 39

« Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi ». Quels sont les dieux vénérés aujourd’hui ?

« Tu n’adoreras pas d’autres dieux que moi. »

Parole du livre du Deutéronome. C’était il y a très très longtemps, au temps de Moïse

N’est-ce pas un peu fou de croire en un Dieu unique encore aujourd’hui ?

Tout autour de nous… les appâts sont nombreux pour nous inciter à l’adoration multiple et multipliée sans fin…

Il y a les dieux que l’on consomme, les dieux supermarchés, ceux de la technologie, du progrès, un souci, une question ? Internet, mon médecin, mon gourou, l’horoscope du quotidien y répondra aussi vite que l’éclair.

Il y a les dieux qui font du bien, les dieux du sport, de l’épanouissement personnel, les dieux fitness, relaxation, sorties. Un temps mort dans mon agenda ? Ces dieux là y prendront vite la place et tout mon espace libre.

Il y a les dieux qui sont tous mélangés, ceux auxquels on voue un petit culte, mi-bouddha, mi-dalaï-lama, mi-Mahomet, mi-soi-même, car quand même qui ne se considère pas comme un petit dieu construisant son royaume pas à pas pour sa vie toute parfaite et belle !?

Enlever des mains le dernier téléphone portable à un business man et il est en manque très rapidement, supprimer les matchs de foot de la coupe du monde à la télévision et c’est la catastrophe, que va penser le « dieu-foot » ?

L’adoration de notre société envers tout un tas de choses, de gens, de pensées est un fait que nous ne pouvons pas nier…

Alors, pouvons nous dire encore que nous n’avons pas d’autres Dieu que Dieu et que nous l’adorons seulement lui l’unique ?

Tout serait alors une affaire de niveau, de priorité, oui j’aime les gadgets de notre temps et même regarder les matchs de foot, j’aime prendre du temps pour me faire du bien au corps et à l’âme, mais mon adoration ne va qu’au seul Seigneur…

Pourtant même en l’affirmant je passe parfois pour une folle de croire en Dieu et pas seulement croire en lui mais l’adorer. L’adoration implique une posture qui respecte le cadre divin, qui se met au-dessous de Dieu, qui induit l’humilité, dont découle l’engagement entier… Et c’est peut-être cela qui coince pour notre contemporains, plus personne n’a envie de se placer volontairement sous une coupe, même divine d’amour soit elle, personne ne veut plus se sous-mettre, se mettre dessous Dieu, même s’il veille et prends soin.

Ces éléments liés à l’adoration sont contraintes, étau, liens trop serrés pour bon nombres de gens…

L’époque veut que l’on prenne et picore ce qui nous fait du bien, et que l’on abandonne ou laisse de côté tout ce qui pourrait être de l’ordre de l’obéissance, de la règle, de la limitation…

Et c’est là peut-être que les paroles de Jésus entendues dans l’évangile de Jean peuvent prendre tout leur sens, nous ne sommes plus serviteurs, mais amis du Christ.

Amis d’un Dieu auquel nous croyons et qui se révèle de manière toute personnelle à chacune et chacun, qui sait nos besoins nos demandes et qu’il est facile d’adorer car c’est un ami qui écoute et comprend. C’est peut-être cela qui le différencie de tous ces autres dieux, ces dieux déjà tous fabriqués, qu’il n’y a qu’à choisir, tendre la main pour en avoir un modèle. Le Dieu de Jésus-Christ, notre Dieu n’est pas un dieu préfabriqué, limité, c’est un Dieu unique certes avec sa loi, ses règles que nous acceptons et que nous essayons tout humainement de suivre jour après jour mais c’est un Dieu tellement infini qu’il répond aux besoins de chacun sans limite.

C’est parce que Dieu se révèle à chacun de manière unique  et personnelle que nous pouvons en accord avec nous-mêmes nous rassembler dans une certaine église, que nous pouvons affirmer notre foi, que nous pouvons nous dire chrétiens, adorateurs de Dieu sans passer pour des cinglés de la foi. C’est seulement au prix d’une relation précieuse, unique, différente pour tous qu’alors en toute connaissance de cause nous pouvons accepter de nous mettre sous, de nous sous-mettre au Dieu de Moïse et de Jésus, notre Dieu.

Même si ce n’est pas très tendance aujourd’hui, car notre Dieu n’est pas un outil que l’on peut toucher, palper, utiliser, consommer ou posséder, remplir, j’aime bien l’idée que notre adoration – désuète aujourd’hui pour certains – notre adoration de Dieu nous rend un peu décalés du courant de notre monde… Parce que cela fait du bien de partager avec d’autres certaines valeurs quand on voit parfois comment le monde bouge et évolue, parce que cela motive pour agir pour plus de respect et de justice humaine, parce que cela permet de créer du lien entre amis et cela donne des fruits durables, parce que cela permet de continuer à porter l’espérance en soi et un peu plus loin…

Nous sommes maintenant réunis dans cette église, c’est donc bien le signe qu’il reste encore quelques irréductibles qui sont un peu fous d’amour de ce Dieu là. Même si nous ne comprenons pas toujours comment l’église est organisée, planifiée, gouvernée, même si nous ne sommes pas toujours d’accord les uns avec les autres sur la théologie réformée, sur les lois et les règles divines ou humaines, c’est parce que nous avons la chance de pouvoir vivre une relation intime avec Dieu, notre Seigneur, que nous pouvons accepter les richesses et les faiblesses qui en découlent.

On entend souvent dire : « je suis croyant mais pas pratiquant », « je crois mais je ne vais pas à l’église car je ne m’y retrouve pas, ce n’est pas ça qui me fait vibrer »

Croire comme cela arrange, sans obligations, sans règles, en prendre que les bons côtés, ne pas se priver, ne pas partager, croire comme on va dans un supermarché c’est la foi que nous rencontrons de plus en plus chez nos contemporains….

Croire mais sans obligations et pourtant  lorsque que nous lisons la Bible, des devoirs, des responsabilités, des engagements nous sont donnés. Oui c’est difficile d’adorer Dieu, de continuer à s’accrocher à lui dans les tempêtes et les épreuves de nos vies, oui c’est difficile de continuer à croire en lui parfois quand on ne comprend plus rien de nos vies ou de notre monde… Croire en Dieu c’est parfois râpeux, coriace, contraignant, déroutant, désertique….

Pour pouvoir accepter ce qui est moins reluisant, moins attirant dans la foi en Dieu, ce qui nous dérange, nous oblige, nous engage, il faut que les bénéfices, les joies, la relation intime soit assez forte, plus importante que les devoirs pour pouvoir en accepter toute la mesure, toutes les facettes.

Adorer Dieu, Père, Fils et Saint Esprit est fait de deux types de relations, celle qui nous unis de manière toute unique au Seigneur, juste lui et moi et celle qui me lie à mes frères et mes sœurs, celles à partager avec d’autres comme le Christ l’a fait sur le chemin de son ministère.

Il y a ceux qui aiment Dieu et lui seul sans aimer l’autre, sans vivre et partager avec des frères.

Il y a ceux qui préfèrent l’être humain, et ne voie pas Dieu

Il y a ceux qui se préfèrent enfin eux-mêmes, sans l’autre et sans Dieu

Il y a enfin les décalés que nous sommes parfois aux yeux des autres….

Que cette douce folie d’adorer le Seigneur, d’aimer l’homme, de s’aimer soi-même et d’être aimé qui nous fait accepter les règles divines et humaines, qui nous fait croire en un Dieu invisible, éternel mais un Dieu qui entretient une relation de cœur à cœur avec chacun, que cette douce folie d’amour coule encore longtemps en chacun de nous, et pourquoi pas rêver qu’un jour elle devienne douce folie pour tous…..

Alors ne perdons pas courage devant nos assemblées clairsemées, devant le manque d’engagement et de bénévolat, devant le manque de moyens financiers, devant le manque de jeunesse, car cette douce folie qui nous anime vient d’un Dieu qui aime à l’infini et qui est toujours derrière la porte du cœur de chacun et qui ne souhaite qu’une seule chose entrer chez ses enfants, il ne forcera jamais leur porte mais il compte sur les amis que nous sommes pour porter le fruit un peu plus loin….

« Tu n’adoreras pas d’autres dieux que moi. »

Parole du livre du Deutéronome. C’était il y a très très longtemps, au temps de Moïse…  et aujourd’hui encore, follement j’y crois.

Amen.